Parfois j’ai le vertige, un vertige noir et terrible : me dire que je n’ai plus de filles, qu’elles ne voudront plus me voir, qu’elles n’en ressentent plus le besoin, que je ne fais plus partie de leur vie, que je suis devenu totalement inutile dans leur existence.
Oui un vertige immense, une pente sans fin.
Comme si elles me volaient quelque chose de précieux, notamment ma dignité, mon amour-propre, et ma fierté d’homme et de père, comme si elles avaient soudain décidé que j’en serais indigne.
Aucune raison de leur part de me faire subir cela. C’est pathologique, elles ne vont pas bien dans leur esprit, elles n’imaginent même pas que tout cela est incongru, inadapté à la réalité, c’est un déni de réalité.
Bon sang ça me revient souvent, il y a quelques semaines, le fils de ma femme qui invite ma fille ainée, qui lui paie le train, malgré que je lui aie fait savoir directement et clairement que ça serait pour moi une grande souffrance de la savoir si près, chez lui ( à vingt minutes en voiture ) et savoir qu’il l’a fait quand même : ils ont passé un dimanche ensemble et je ne les ai pas vus venir me rendre visite, alors que je passais un long et interminable dimanche de solitude et d’isolement, ma femme travaillait ce dimanche-là, à son hôpital.
C’est là que je me suis rendu compte que je vis entouré de malades, de gens à problèmes, qui ne savent plus ce qui est bon, ce qui est mauvais, ce qui est bien, ce qui est mal. Des gens nombrilistes, cruels, froids, avec des airs sympathiques mais qui ne le sont que superficiellement. J’aurai souffert des années entières de l’inhumanité des autres.