• Isolement

     

    Bon je vais tenir ici un journal on verra si je parviendrai à sensibiliser des gens à mon isolement, car le but est en effet de me trouver des relations, ce qui est loin d'être simple, par les temps qui courent ! 25 avril 2015


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  • A l'hypermarché, je m'y rends en voiture, ça me fait une promenade et pendant ce temps je ne rumine plus mon isolement, mais j'y réfléchis souvent pendant tout le trajet.

    La petite caissière n'avait pas envie de bavarder et moi je cherche toutes les occasions, mais les petites caissières ont vite fait de s'imaginer qu'un vieux porc les entreprend. Elles ne lisent pas sur ma figure que mes pensées sont aux antipodes des fantasmes  .

    J'étais intrigué par le système pneumatique d'envoi d'argent en rouleau, qu'elle utilisait pour mettre des billets en sécurité et qu'ils puissent être comptabilisés.
    - Comment ça fonctionne ?
    - Je ne vous en parlerai pas. Je ne donnerai pas d'infos là dessus, c'est par sécurité, Monsieur.

    Bouderie de la caissière pour une raison qui m'échappe.


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  • Miracle ! pour une fois j’ai eu un coup de fil, en fait c’est moi qui ai appelé. J’aurais aimé qu’on me sonne pour me parler mais c’est devenu une idée utopique.
    Une idée utopique ça veut dire une idée qui fait que si je l’exprimais on me dirait :
    - Tu es vraiment fou, mon pauvre vieux.
    Ca doit être ça, une idée utopique ?

    Je voulais parler à  ma fille ainée, mais j’ai eu  son mari, ma fille ainée faisait la sieste, m'avait il dit.
    Parfois elle et moi nous nous rencontrons à Paris voir des oeuvres d’art dans un musée. Elle aime cela. J’aime aussi, et cela me permet d’avoir quelques moments avec elle. Cela arrive tout au plus deux fois par an

    J’ai des souvenirs d’elle toute petite fille, qui me reviennent mais en même temps quelque chose me les bloque, ils ne peuvent franchir le col de ma conscience, ils ne sauraient être racontés là maintenant tout de suite.
    Parfois je me dis : « Tout ce qui a été vécu avec tes filles enfants n’aura servi à rien, ça ne sert à rien de s’en souvenir. «
    On dirait parfois qu’il n’en reste rien que du vent ?

    Donc le mari de ma fille ainée m’a parlé au téléphone de cette sordide histoire d’héritage de mon père défunt.
    Je dois raconter cela, je vais raconter cela, je raconterai cela.
    Cela ira très bien avec le thème de l’isolement, cela m’aura bien isolé, cela et le reste.
    Je m’aperçois que chaque fois que je viens parler de quelque chose je parle de l’isolement même si je pensais m’en éloigner un peu, digresser.

    J’ai eu aussi un mail ce matin, quelle journée remplie ( c'est ironique, ma réflexion, c'est du second degré  !  ) un coup de fil ( quelqu’un répond en direct, habituellement les téléphones sont tous sur répondeur ), et un mail. J’ai parlé avec le mari de ma fille ainée, et j’ai eu un mail du mari de mon autre fille, le mari de la cadette.

    Je parlerai de tout ici. Je raconterai tout ou presque. Ces histoires construisent mon isolement, elles en sont le ciment.


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  • Je me suis vu fasciné, la nuit dernière.

    Je regardais la télé, j’étais sur la chaine « Histoire « , les isolés regardent beaucoup la télévision, c’est bien connu.

    Nous voici sur le Missouri, mouillant dans la Baie de Tokyo,  avec les Japonais, des officiers et des officiels, qui viennent signer la capitulation sans conditions de l’Empire du Soleil Levant, face à des chefs militaires de tous pays qui se sont alliés pour les battre.
    Toutes ces erreurs toutes ces signatures aux mauvais endroits, le théâtre de Mc Arthur, cette foule de marins assis partout, couvrant l’immense navire, cette poignée de Japonais noyés dans cet océan d’Américains, tout cela m’a captivé.
    Des années de massacres, de mort, de feu et de sang, de fer, d’explosions, des milliers de cadavres partout dans l’Océan Pacifique.

    Deux bombes atomiques.

    Ca s’est terminé par des ratures sur un grand livre officiel.

    Puis les Japonais sont devenus très forts en base-ball.

    Il y a quelque chose d’angoissant, parfois, à se trouver dans le noir, dans un salon, installé sur un canapé, dans une maison, dans un lotissement, à la lisière campagnarde d’une petite ville sans intérêt, loin de tous, loin de tout, n’existant pas ou peu, à se voir scotché par la vision d’un japonais à lunettes et chapeau haut de forme, qui avance difficilement en boitant sur le pont d’un navire américain grouillant de marins blancs, un officiel japonais d’autrefois, à jambe de bois. 


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  • Elle en avait gardé dans ses affaires, souvenirs de l’époque où elle était étudiante en biologie, en chimie organique, elle avait obtenu un diplôme de préparatrice en laboratoire, et elle adorait dire :
    « Boite de Pétri « .
    Elle trouvait toujours l’occasion d’inventer une phrase où « boite de Pétri « aurait sa place, parmi les autres mots.
    C’est comme un récipient tout plat, transparent, en verre. Avec un couvercle. Comme une boite à Camembert .
    Un jour en me montrant une boite à Camembert, elle a dit :
    - Cela a la forme d’une boîte de Pétri.
    Elle m’a alors expliqué que cela servait notamment à cultiver des micro-organismes
    Inutile de préciser que lorsque j’entends cette expression, elle est là, et de sa voix grave et douce, elle chuchote :
    - Boites de Pétri.
    Mon rêve serait un jour d’entrer dans un laboratoire, et que dans la pièce il y aurait partout des boites de Pétri. Comme j’aime à mon tour ces mots, qui sont comme une partie de son héritage, je me les répète comme on suce longuement un bonbon, sans le croquer : « Boite de Pétri. Boite de Pétri. Boite de Pétri... «
    Quand je suis obligé d’attendre, chez le dentiste, je rythme parfois le passage des secondes en pensant : « Boite de Pétri, boite de Pétri, boite de Pétri... «
    Mes songes mes pensées ma mélancolie sont cultivés dans des boîtes de Pétri.


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  • Les journées ici se suivent et se ressemblent un peu. Je puis en faire des journées à la Brian Wilson  période tas de sable dans le salon,  si je veux, allongé toute la journée si je veux, ne plus respirer si je veux, ne plus rien en faire si je veux ou si je ne veux pas.

    Deux ou trois balades pour la petite chienne, quelques conversations avec ma femme, je me suis vu la suivre dans une mercerie. J'ai fait le malin avec la dame, disant des facéties tellement je me fais chier. Des facéties conformistes, nous sommes dans une mercerie, les gens croient encore que ça concerne SURTOUT les femmes.

    Nous sommes dans un monde comme ça, réac, ringard, beauf, sexiste, avec tout ce monde, ces millions de gens qui m'emmerdent à penser tous pareil presque tous.

    J'ai consulté ma boite mail et rien : pas un mail, pas un coup de fil non plus. Le vide habituel.
    Je me suis promis une fois de plus que je ne me laisserai plus avoir au relationnel brouillon, la volonté des autres, leurs caprices d'humeur, je veux du relationnel solide, costaud, donc je n'aurai certainement rien. Tant pis, je ne m'y ferai pas ! Mais je sens que je vais construire car j'ai déjà commencé. Je pose mes conditions, on les refuse, mais comme elles sont logiques on n'a pas d'arguments fiables, peut être va-t-on se sentir déstabilisés et céder un peu de terrain ?

    Fatigue : j'ai envie de voir des gens qui m'aiment bien et me recherchent un peu. Cela semble du rêve. Mais je sais que cela pourra se faire, j'attends mon heure. Ceux qui m'ont abandonné ou qui m'oublient depuis la mort d'Ingrid seront seuls quand je ne le serai plus. Ils vont se sentir enfermés dans un système qui va les faire regretter de ne rien avoir voulu entretenir ou construire avec moi.

    Ma revanche sera mon bonheur et ma satisfaction à venir.


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  • J’écoute toujours avec autant d’intérêt le morceau de cornet « BOY MEETS HORN «, que l’on doit à Duke Ellington et au magistral talent de REX STEWART.
    Evidemment si je voulais partager la joie et le bonheur que l’audition de ce morceau étonnant procure, je ne pourrais le faire.
    Juste l’écrire ici, ce sera dit, ça sera gardé conservé à l’abri des microbes, ça sera encore mangeable plus tard.
    La version 1938, tu dois l’écouter.
    Moi je suis dans la nuit, ça dort de partout, la vie n’est plus que respirations des gens sous la couette, j’imagine que quelque part dans une ville des voyous tentent un cambriolage.
    Mais à part ça on est là oublié seul et voilà.
    Reste le cornet de Rex Stewart qui dit des voyelles dans son embouchure.
    J’ai écouté aussi par le même orchestre du Duke, « CHLOé «, en pensant à Boris Vian.
    Evidemment de Boris Vian et son « Ecume des Jours «, je suis passé à l’histoire triste d’Ingrid qui est morte comme la Chloé, me laissant seul et merdeux comme le Colin, comme la nuit précédente et bien sûr comme toutes les nuits prochaines.
    Heureusement que l’insolence de Rex a allumé un peu ma nuit, avec son Morning Glory, les étoiles ont un peu brillé dans mes oreilles, y sont entrées et ont dansé comme font les notes, souvent, de Django Reinhardt.


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  • J’écoute tout seul avec soleil froid dehors, ombres des plantes qui griffent le sol et l’herbe.
    Ecoute ce matin du « Chant de la Terre «, mais en version réduite pour petit orchestre. C’est assez intéressant de voir que l’on parvient à rendre l’essentiel avec si peu de monde.
    Ceci en mangeant du mauvais jambon avec des pâtes et un peu de pulpe de tomate et du gruyère rapé tout seul dans la maison encore une fois.
    Cet homme chante avec de la mélancolie projetée au dehors. Le destin est ponctué par une contrebasse plomp plomp plomp.

    Toi tu liras cela un jour et tu penseras : « Il a écrit cela par un jour de la fin du mois d’avril 2015, il avait 62 ans révolus, il se sentait isolé et oublié et cela durait depuis des mois, des années.. «
    Tu penseras cela et tu te diras : « Il est trop tard. Je ne peux plus rattraper le silence dans lequel je l’ai plongé ... Cet homme avait pourtant été si vivant et si intéressé par les autres... «


    «.... Déjà luit le vin dans la coupe d'or,
    mais ne buvez pas encore
    avant que je vous chante une chanson !
    Le chant de la douleur chantera gaiement en votre âme.
    Quand la douleur approche, déserts
    sont les jardins de l'âme.
    se fanent et meurent la Joie et le chant.
    Sombre est la vie, sombre est la mort «

    Je projette de me rendre au Grand Jardin Magique,  j’ai un abonnement pour y aller quand je veux, il est immense,  il me rappelle celui du Coudray, en Normandie, quand je vivais avec Ingrid et que nous aimions y passer des après midi pour y lire, allongés cote à cote sur l’herbe fine et douce, vert pâle. C’est pour revivre cela un petit peu que j’ai pris cet abonnement jardinesque. Je veux y aller et y lire, m’y promener, penser et réfléchir, cela ne servira à rien, cela ne décidera personne à communiquer plus, à avoir envie de me parler un peu, mais cela n’ôtera pas non plus les chances que l’on me fasse revivre avec tout le monde, sur cette foutue Terre.


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  • A part ma femme, qui est revenue de son travail à l’HP vers 15 h, deux personnes m’ont parlé en dialogue, une petite discussion, cet après midi : le propriétaire du « Grand Jardin Magique «, où je suis allé lire une bonne heure, noyé dans le végétal et dans les chants d’oiseaux, noyé dans le vent et les intermittences des passages de nuages, là-haut au-dessus et second bavardage : Véronique la toiletteuse pour chiens qui est venue tondre notre petite chiernne et qui était encore au travail quand je suis revenu .

    J’avais ressenti à cause du soleil et du printemps et de la solitude, l’envie de vivre cet état mélancolique de façon poétique pour quelques heures, et aussi pour retrouver un peu du fantôme d’Ingrid car c’est elle qui m’a initié entre 1988 et 2006, à l’art d’apprécier les jardins, ce qui m’était jusqu’alors inconnu car j’ai été élevé dans des cité d’immeubles HLM et que la nature et moi avons été longtemps des étrangers timides l’un envers l’autre.

    Dans ce grand jardin je me suis planté sur un vieux banc de bois devant une grande mare, une mare magnifique, et j’ai lu un  Magazine Littéraire de ma vieille collection, celui sur Roland Barthes, il date de 1975, je lisais dans ma jeunesse chaque mois le nouveau Magazine Littéraire, passionnant. Il y avait la chronique de Jacques Sternberg, « Le Moi littéraire «, pleine de critiques un peu vinaigrées mais si drôles.

    J’ai relu avec délices les défiances radicales de Roland Barthes envers le « bon sens « poujadiste, la tautologie dite « petit bourgeoise « mais que perso j’attribue sans honte à la « populace «, que je ne respecte que socialement, mais pas culturellement ni humainement, ils me font chier, ils imposent leurs moeurs et leurs opinions mal dégrossies, je les fuis comme la peste et depuis que je ne travaille plus je suis bien content de ne plus voir et entendre leurs gueules, leur vulgarité.

    Le plus paradoxal étant que je serais le premier à prendre les armes pour défendre leurs droits et leur dignité. Mais je n'aime pas les fréquenter, ils me font trop penser aux salauds de ma famille d'origine, celle de Rouen.

    Noyé dans tout ce vert et dans ces fleurs et dans ces feuilles de plantes et dans ces troncs d’arbres, avec le bruit du vent et des oiseaux, et seul seul seul oublié oublié oublié, j’ai trouvé le moyen de ressentir grand plaisir à vivre, car je pensais à tous ces coups de téléphone non reçus, à ces mails non écrits pour moi, à ces visites non rendues, je pensais à ces carences et déficiences d’affection et d’humanité qu’on ne me donne pas, et je me suis dit :
    - Si quelqu’un voulait te voir ou te parler, tout de suite à l’instant, il ne te trouverait pas, et un jour on ne te trouvera plus et il sera trop tard mais moi j’aurai vécu quand même.
    Car les instants de grande solitude et d’isolement et d’oubli de soi par les autres sont tout de même des instants de vie.

    Le fantôme d’Ingrid était là, je me souviens m’être déplacé à un bout du vieux banc de bois pour lui faire une place. J’ai regardé sa place vide et j’ai pensé :
    - Elle serait assise là et nous écouterions ensemble les grenouilles.


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  • Chaque fois que je consulte mes deux boites mails il n’y a rien de nouveau dedans, je crois que je dois avoir un nouveau mail ( un qui m’intéresse, un mail amical ou familial ) pas plus d'une fois par mois, sans exagérer.
    Si l’on se demande qui pourrait m’envoyer régulièrement des mails je dirais : au moins une quinzaine de personnes, voire vingt.

    Mais c’est le silence.

    La logique voudrait que l’on s’inquiète de ma santé, que l’on me demande des nouvelles, mais on ne le fait pas. Je suis fréquentable, gentil, serviable, enthousiaste, j’ai bon caractère et n’ai jamais fait de crasse à personne.

    Mais c’est le silence.

    Je ne suis pas orphelin, j’ai une soeur, j’ai un frère, j’ai eu des parents, des cousins, des oncles et tantes, j’ai élevé deux enfants toujours en vie, en couple avec enfants, j’avais des amis.

    Mais c’est le silence.

    J’avais Ingrid. Mais elle est morte.
    J’ai, depuis la mort d'Ingrid, ma femme, elle a un fils qui vient nous voir régulièrement. Il a un comportement relationnel classique, normal. Ma femme l’a élevé seule. Il vient voir sa mère, il vient me voir en même temps. Il est le seul, avec sa compagne, à avoir un comportement normal ou presque avec moi. Je n’ai jamais compris pourquoi je n’avais pas le droit au même traitement que celui que je vois octroyé aux autres.

    J’ai même surpris en moi un sentiment d’envie lorsque j’ai vu ce documentaire sur les gens qui font des pieds et des mains pour rendre visite à des taulards.

    Moi je n’ai pas de parloir.


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